Lucile Schmid, présidente de la Fabrique Écologique, a abordé l'aspect politique. Elle souligne que la sobriété est souvent abordée dans un contexte de guerre (2022 Ukraine, Moyen-Orient aujourd'hui) et donc en opposition à la prospérité. Politiquement, elle est juste décrite comme une sobriété énergétique, sans relever d'un changement de système. Pourtant, les politiques de sobriété sans prise en compte d'enjeux territoriaux ont créé des traumatismes politiques dont il faut tenir compte (comme le mouvement des Gilets jaunes, né en 2018). Et si la dépendance à la voiture ne se réduit pas, c'est bien parce que les collectivités mettent en place des politiques fragiles, avec un budget restreint. La création d'un Haut Conseil pour le Climat avait pour objectif d'adosser la recherche aux enjeux politiques. Or cette instance s'est transformée en lanceur d'alerte face à un gouvernement qui ne prend pas en compte ses recommandations, voire fait l'inverse. Pour Lucile Schmid, la portée politique de la prospérité est plus ambiguë. Il faut l'entendre comme contre-pied à l'abondance financière et matérielle. La prospérité défend une envie de « vivre mieux », « vivre ensemble », soit une plus grande inclusion : lutte contre les inégalités sociales et territoriales, soin de la biodiversité. Lucile Schmit rappelle que la prospérité - du latin pro spere, "espérer vers l'avant" - est une capacité à penser l'avenir et à se projeter. C'est réussir et faire réussir les autres. Or, l'écologie est confrontée au court-terme des agendas politiques.
L'enjeu de la prospérité est d'être accessible à l'ensemble des échelles, du monde. Mais le contexte international est néfaste : attaqué de toutes parts au Parlement européen, le Pacte Vert a échoué à apaiser les inquiétudes d'accroissement des inégalités sociales et territoriales. De plus, la COP30, à Belem, a conclu que la protection des frontières ne devra pas empêcher le développement de certains pays, remettant en cause la taxe carbone de l'UE. Enfin, l'écologie est associée à la pauvreté. Il nous faut inventer un contre-modèle pour défendre l'idée que l'écologie, c'est la prospérité. Déjà, certaines villes montrent qu'il est possible de combiner prospérité et sobriété : Budapest, Amsterdam, Zagreb... En voici les principales mesures : Rendre la ville aux habitants par une forme de sobriété collective, en instaurant des mesures contre le surtourisme, la publicité, la vigilance face à une économie en surcroissance, davantage de conventions citoyennes et de démocratie. Lutter contre les inégalités sociales, notamment en rendant le logement accessible. S'emparer des nouveaux objets politiques : l'eau, l'air... ainsi que des sujets de santé et d'alimentation, de pollution et de nature en ville Promouvoir l'exemplarité par un pacte anti-corruption. Lucile Schmid insiste : la réussite réside dans la capacité à se projeter, à discuter et à débattre, et à décloisonner les mondes pour répondre aux questions systémiques. Aujourd'hui, elle nous encourage à être dans le contre-pouvoir, dans un contexte de guerre de projet.