Mais surtout, depuis notre ruralité seine-et-marnaise une question se pose : comment contribuer à l'adaptation globale à ce dérèglement ? Si diffuser des pratiques situées pour des bâtiments aussi privilégiés qu'une ancienne demeure de villégiature ne revêt pas forcément un intérêt majeur pour des politiques publiques déjà documentées, cette chaleur étouffante exige surtout une direction ambitieuse et à la hauteur de l'urgence pour s'attacher à maintenir les fleuves et les rivières de nos territoires en bon état : nous devons plus que jamais les aimer, pour mieux en prendre soin. Heureusement, des solutions existent et permettent d'envisager des trajectoires co-bénéfiques pour l'atténuation, l'adaptation et la souveraineté alimentaire. S'asseoir sur le trône pour diminuer de 90% l'impact sur l'eau du blé produit localement, chiche ? C'est pourtant ce que précise l'analyse de cycle de vie comparative entre un kg de blé produit avec des engrais azotés et un kg de blé produit avec des apports d'urino-fertilisants. Reliant le jardin, l'aménagement et la vie collective, les expérimentations de la séparation des urines à la source sont un axe important de la recherche-action au Campus, depuis déjà plusieurs années.Le développement de filières de collecte, traitement et distribution demandent de nouveaux modèles économiques, des investissement coûteux sont nécessaires et les verrous sociotechniques et réglementaires sont nombreux. Vu l'importance pour le territoire de telles politiques publiques, les acteurs économiques pourraient être mobilisés pour compléter des fonds publics d'investissement.Or, si l'amour de la Seine peut probablement nous donner envie d'arrêter de pisser dans un violon (en l'espèce, de l'eau potable), juridiquement les politiques de responsabilisation des organisations doivent innover. Car sur quelles bases mobiliser les entreprises, et pour quelles contributions ? La responsabilisation des organisations vis-à-vis de l'eau, politique environnementale vraisemblablement la plus avancée avec le climat, est historiquement construite autour des principes pollueur-payeur et préleveur-payeur. Ces principes rencontrent des limites structurelles dans ce cas de figure : la séparation des urines à la source agit sur des pollutions diffuses, notamment celles des agriculteurs et agricultrices et des ménages. Techniquement impossibles à attribuer, une gestion de ces impacts passant d'abord par la responsabilisation des individus ou des agriculteurs et agricultrices sont des approches socialement controversées. Le principe de responsabilité systémique et ses implications possibles sur la comptabilité des entreprises pourraient alors être des pistes à explorer pour faciliter une mobilisation de moyens à la hauteur des enjeux, alors qu'un regard citoyen sur l'état des rivières pourrait en miroir aider à tisser de nouvelles formes de responsabilité territoriale. Yves Perret, habitant-chercheur au Campus de la Transition