Pour se lancer dans la transition écologique en prenant en compte la complexité du vivant, il faut effectivement commencer par regarder les choses de façon systémique.
Un exemple : mettons que vous souhaitiez rétablir l'habitabilité de la planète. Pour ce faire, il faut diminuer les flux de matière et d'énergie. Ça, c'est objectif.Maintenant, prenons un sujet actuel en France : la question du temps de travail. Si vous augmentez le temps de travail, c'est pour produire plus, non ? Donc ça peut devenir contradictoire avec l'objectif de transition écologique initial. Et si on commence à poser un regard systémique sur les problématiques, on peut se poser la question sur ce que cette augmentation du temps de travail signifie, mettons, sur l'organisation familiale. Si on travaille plus, qui s'occupera des enfants ? Quels seront les impacts sur les transports, nos manières de vivre ? Etc.
La grande révolution intellectuelle pour assurer cette transition écologique, c'est donc bien de se décider à aborder les sujets de façon systémique. On pourrait facilement instaurer cela, en réalité : aujourd'hui, il y a normalement une étude d'impact social lorsqu'on propose un texte de loi. On regarde alors les effets directs et indirects d'une réforme sur l'ensemble des dimensions de la société. Pourquoi ne ferions-nous pas également une étude d'impact environnemental de tout changement législatif, organisationnel ou autre ? Ce n'est évidemment pas le seul critère à prendre en compte, mais ce critère devrait toujours être pris en compte.
« Si on est assis sur une branche qu'on est en train de scier, il faut arrêter de scier la branche ! »
On ne peut pas faire plus politique que cette question de l'habitabilité de notre maison commune. La transition écologique oblige à réfléchir et à remettre en cause toutes les dimensions de notre développement : matériel, intellectuel, affectif... On est quand même confronté à une dégradation des conditions de la vie !
Mais je pense que cette catastrophe en cours peut devenir l'occasion d'une recréation de quelque chose d'extrêmement positif. Il y a beaucoup à (re)construire, à inventer. Du sens à retrouver. Et parfois de façon extrêmement simple : réduire le gaspillage alimentaire, disons de moitié, paraît tout à fait possible, par exemple. Et cela aurait un impact absolument colossal sur la question climatique et sur la biodiversité !
Pour moi, la crise écologique nous invite à refonder le monde.Ce ne sera une catastrophe absolue que si on ne prend pas le taureau par les cornes. Si on se remonte les manches et qu'on s'y met, on gagne !"